« ECCE HOMO »

40x 30 x 25 cm

Ricine, matériaux divers sous vitrine scellée

2018

« Homo homini venenum est » ; « L’Homme est un poison pour l’Homme », et la pièce ici présente se veut en être le remède.
La figure sereine de l’homme debout est banale et ne présente aucune espèce de menace. Elle ne nous menace pas même par sa prétention à durer, tant cette sculpture « floue » aux bords incertains et à la surface friable apparaît dans une forme de précarité. Mais la réalité est tout autre puisque cette couche poudreuse est de la ricine, l’un des poisons les plus puissants au monde.

Si quelques milligrammes de ricine suffisent à terrasser un individu adulte, la dose contenue ici pourrait, si elle était absorbée, détruire des milliers de personnes. Quelques kilos de ce toxique pourrait venir à bout de plusieurs centaines de milliers de personnes comme le ferait une Bombe H. À la différence près que les ingrédients et les étapes de la fabrication de ce poison sont aisément accessibles via le net.
Le danger que l’Homme fait peser à la Nature et au devenir de sa propre espèce pourrait trouver ici une solution à la fois radicale et d’origine naturelle puisque la ricine provient d’une graine : le Ricin.

Mais ce poison est aussi un remède utilisé dans le traitement de certains cancers. Le fléau que peut infliger ce produit peut donc aussi sauver du fléau que représente la maladie. En l’occurence une maladie accentuée notamment par les changements environnementaux que l’Homme fait peser à la Nature et aussi aux autres espèces. La ricine se révèle donc être un pharmakon : à la fois un poison et un remède. Seule une différence de degrés et d’intention en font varier l’impact: mortel ou curatif.
Demeurent donc la seule volonté et les garanties, juridiques notamment, que l’Homme se donne à lui-même. Indispensables limites et irréductibles distances qui permet le maintien dans l’existence.

Ici, c’est un sceau de cire qui désigne cette limite et garde à distance de l’atteinte létale.
Le sceau de cire n’offre pas une grande résistance mécanique, mais frappé du « SY » (pour « Samuel Yal ») il est la garantie de l’authenticité de l’oeuvre et de son inviolabilité.  La responsabilité de l’artiste réside dans cette inviolabilité-même, confiée au bon soin de chaque spectateur.

Ainsi en est-il de cette sculpture.
L’ouvrir c’est l’atteindre, la disperser au vent au risque d’en périr soi-même.
Seul le suspens de la question demeure, et son empreinte est aussi indélébile que celle de l’Homme à l’ère de l’Anthropocène.
Cette question ne se formule pas, elle résonne dans une expression qui relève tout autant de l’accusation que de l’acclamation:
« Ecce Homo ».